22.09.2026

La communication scientifique à l'épreuve des fake news, résumé de la conférence

 

Comment expliquer un sujet scientifique complexe sans laisser de place aux raccourcis ou, pire, aux théories du complot? Avec les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle, la question change d’échelle. Une image peut faire le tour du monde en quelques minutes. Et lorsqu’une organisation scientifique se retrouve dans la tempête, expliquer les faits ne suffit pas.

C’est le constat posé par Marie Vanolli, journaliste et spécialiste des questions spatiales, lors de sa conférence consacrée à la communication scientifique à l’ère des fake news. Son message est simple: pour lutter contre la désinformation, il faut commencer avant qu’elle n’arrive. Et, lorsqu’elle arrive, il faut choisir le bon outil.

Avant la crise, construire les défenses

Première erreur: penser que la vulgarisation scientifique consiste simplement à rendre une information compliquée plus facile à comprendre. Pour Marie Vanolli, elle va plus loin. Elle consiste à expliquer la science dans son ensemble: la question de départ, les méthodes, les résultats, mais aussi les incertitudes et le processus de remise en question. Bref, montrer comment on sait ce que l’on sait.

Et surtout, ne pas gommer l’incertitude.

Que sait-on avec certitude? Qu’est-ce qui reste à vérifier? Pourquoi les résultats peuvent-ils évoluer? Ces questions font partie de la démarche scientifique et méritent d’être expliquées. Présenter une conclusion comme une vérité définitive peut, paradoxalement, fragiliser la confiance lorsque de nouvelles données viennent la nuancer ou la contredire. À l’inverse, expliquer ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas encore et pourquoi permet à la fois de donner au public les clés pour comprendre comment la science avance, et de construire une relation de confiance. Il est donc essentiel de thématiser l’incertitude pour communiquer en toute transparence, car lorsque qu’un vide est laissé : les fake news s’engouffrent dans la brèche. 

Deuxième levier: le pré-bunking. Plutôt que d’attendre qu’une fausse information circule pour la corriger, il s’agit de préparer le public à reconnaître les mécanismes de manipulation. Un peu comme un vaccin, on montre à quoi ressemble le piège avant qu’il ne se présente pour y développer une certaine résistance. Cette approche permet de développer une forme de résistance et d’éviter que certaines chaînes de désinformation ne se mettent en place.

Troisième levier: le dialogue. Une organisation scientifique ne devrait pas seulement parler au public; elle devrait lui parler avec le public. Rencontres avec les scientifiques, forums de questions, échanges directs, journées portes ouvertes: ces espaces créent une relation humaine. La confiance ne se décrète pas au moment où une crise éclate. Elle se construit bien avant.

Quand la fake news débarque, pas question de rester bouche cousue

Et si la crise est déjà là? Une chose est certaine: le silence n’est pas une stratégie. L’absence de réaction peut laisser un espace que d’autres rempliront. Mais répondre ne signifie pas sauter sur chaque rumeur. Une information sans potentiel de propagation peut gagner en visibilité simplement parce que l’organisation lui répond. Il faut donc surveiller, détecter et sélectionner.

Vient ensuite le fact-checking: rapide et concret pour une fake news précise. Une photo, un chiffre ou une affirmation peuvent être corrigés avec une contre-information étayée. Mais cette méthode a ses limites: elle ne suffit pas à déconstruire une théorie du complot, qui repose sur un système de pensée plus large.

Dans ce cas, le debunking va plus loin. Il ne s’agit pas seulement de dire «c’est faux», mais d’expliquer comment la manipulation fonctionne et comment on a pu se laisser convaincre. Ne pas seulement retirer une fausse histoire mais proposer une histoire alternative et compréhensible.

Comme l’explique Marie Vanolli,

«Plutôt que d’attendre qu’une fausse information circule pour la corriger, il faut préparer le public à reconnaître les mécanismes de manipulation.»

Un exemple issu du domaine spatial l’illustre bien. Une expérience menée dans la Station spatiale internationale avait créé une levée de boucliers. Cette expérience mettant de l’eau en scène se voyait reprocher de ne pas avoir vraiment eu lieu dans en apesanteur car l’eau ne réagissait pas comme les sceptiques s’y attendaient.

Plutôt que de répondre par un long cours de physique, l’ISS a publié les images du making-off: on y voyait l’astronaute placer volontairement l’eau au fond du verre pour faciliter la démonstration. Le contexte était là, en images.

Quels enseignements en tirer ?

  • Il faut comprendre les publics, leurs attentes et les mécanismes qui peuvent les faire basculer.
     
  • Le communicant n’est plus seulement chargé de transmettre un message. Il devient l’architecte d’un écosystème où scientifiques, institutions et publics peuvent dialoguer.

✒️ Cécile Gruet